Mercredi 6 août 2008
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Si être socialiste, c’est d’abord et avant tout vouloir la
justice,
combattre les inégalités de toutes sortes, alors il n’y a
peut-être
jamais eu autant de raisons d’être socialiste
qu‘aujourd‘hui!
Ségolène Royal, Si la gauche veut des idées, p306
Pour Alain Touraine, les gouvernements successifs français ont
principalement donné la priorité à l’Etat sur la société. Cependant, avec la globalisation de l’économie et l’arrivée des nouvelles technologies, le volontarisme économique n’est plus de mise,
d’autant plus que « l’Europe a perdu sa position hégémonique » et que sa construction «est de moins en moins un projet politique et s’inscrit plutôt dans les transformations de
l’économie mondiale »(p180). Pour que l’Etat retrouve sa capacité d’action, il faut que la France sorte de sa « gestion corporatiste » et d’«économie administrée ».
Ségolène Royal approuve Alain Touraine en affirmant que «la France a
toujours donné la priorité à l’Etat sur la société, à la loi sur la négociation »(p196). Afin de faire reculer «le centralisme, le bureaucratisme ou le dirigisme », elle propose une
décentralisation qui donnera plus de poids aux collectivités territoriales, qui connaissent mieux le terrain. Cette décentralisation sera accompagnée d‘une démocratisation de la société (par une
refonte des syndicats et une rénovation du dialogue sociale), et d’une démocratisation de la politique, en sollicitant les citoyens lors de débats nationaux ou de projets politiques. L’enjeu est
donc de créer des garde- fou, car « Le pouvoir exécutif central, la centralisation, portent en eux-mêmes le risque d’autisme, d’inefficacité et de dérive vers le pouvoir solitaire du
président de la république » (p205). Elle propose ainsi une VI république qui permettrait de donner une nouvelle impulsion à la société française en partant sur de nouvelles bases : une
sorte de nouveau contrat social..
La politique a-t-elle encore un sens ?
Pour Alain Touraine, la révolution technologique, la nécessité de
l’écologie et l’humanitarisme sont des réalités qui ont ébranlé les pouvoirs politiques, lesquels enfermés dans leur idéologie, nous invitent à ne plus voir la société à travers le règne de
l‘économie. Pour le sociologue, l‘individu n’est plus défini dans son « appartenance à une classe, une nation, une famille ou à un autre type de communauté ». Il ne peut aspirer qu’à la
revendication de soi, à être reconnu comme un être de droits. Le responsable politique devrait à ses yeux considérer la société dans laquelle il vit dans sa diversité culturelle et humaine :
« Mais ce qui nous importe ici est que le centre de la vie sociale, aussi bien des espoirs que des conflits, se déplace de l‘ordre de l‘économie, et avant lui de l‘ordre du politique vers
l‘ordre de l‘individu et de la conscience de soi. Ce n’est plus dans le champ économique que se situent les grands conflits et les choix principaux. » (p39)
Alain Touraine fait également le constat que la mondialisation a
affaibli tous nos systèmes de régulation sociale qui permettaient de maîtriser nos activités économiques. Il remarque également l’épuisement des partis politiques, qui ne prennent plus en compte
la diversité de la population française et ses particularités. En ce qui concerne le Parti Socialiste, Alain Touraine pense que le rôle de Ségolène Royal est de rompre avec une « idéologie
pseudo-révolutionnaire qui ne correspond à aucune analyse et ne correspond à aucun objectif concret » (p267). Il l’invite à créer «un mouvement appuyé sur de nouvelles catégories
sociales et surtout sur une analyse profondément renouvelée de la situation de la France et du monde ». (p266)
Avant de réformer la France, il faut réformer le Parti Socialiste,
qui contemple le monde à travers un système idéologique qui ne correspond plus avec la réalité des Français. Pour que ce dernier soit en phase avec les Français, Ségolène Royal propose d’«ouvrir
le PS à de nouveaux militants et de nouvelles formes de militantisme », de soigner l’articulation entre le local et le national, pour ne plus proclamer des principes sans se soucier de leur
application. Elle demande au Parti d’«affronter la réalité avec lucidité et radicalité », sans reléguer les problèmes de société à des thèmes de gauche ou de droite. La responsable politique
réaffirme sa volonté farouche de lutter contre toute forme d’assistanat et prône un nouvel individualisme, qui permettrait à l’individu de s’épanouir. Car ce sont les garanties collectives qui
permettront à chacun de réussir et de s’épanouir. C’est la raison pour laquelle elle croit à l’importance des services publics.
Pour Ségolène Royal, c’est en misant sur le capital humain dans
l’éducation, la formation, la recherche, et la culture, et en améliorant les conditions de travail des salariés que l’on créera de la valeur ajoutée, « parce que seule la capacité
d’invention, d’imagination, d’innovation nous donnera un temps d’avance et nous permettra de créer les emplois de demain. » p112 Elle revendique la valeur travail comme une valeur de gauche
, car «c’est d’abord la possibilité de s’y épanouir. Et donc le rendre plus humain dans tous les sens du terme: salaires, conditions de travail, perspectives de conciliation de la vie familiale
et professionnelle » p47 Elle propose également la mise en place d’une sécurité sociale professionnelle qui permettra aux salariés de se sentir plus forts devant les grandes
mutations.
Elle appelle de ses vœux, non pas un Etat Providence, mais un Etat
préventif qui intervient et investit prioritairement avant plutôt qu’après. Par exemple, pour échapper aux délocalisations et aux plans de licenciement, elle veut mettre en place «une stratégie
de compétitivité par le haut » en mettant l’accent sur la formation des salariés, sur les investissements en recherche et en innovation des entreprises. Pour ce faire il faut selon elle
repenser le dialogue social en optant pour un syndicalisme de masse (« Je suis absolument convaincue qu’il n’y aura pas de profondes réformes économiques durables sans une nouvelle frontière
sociale. » p54), reconstruire le système d’enseignement supérieur en donnant aux Universités une meilleure gouvernance, un niveau élevé de financement et en contrepartie elles s’engageront à
un suivi individualisé des élèves d’accompagnement vers l’emploi, développer le schéma travail-études pour rapprocher le travail en entreprise des études
Sur le plan écologique, elle propose de créer un fonds
« après-pétrole » financé par les profits de Total et par une partie des excédents d’EDF et d’Areva pour financer massivement les énergies renouvelables.(p49). Mais les enjeux
environnementaux dépassent bien les frontières de la France. Ils sont d’ailleurs liés aux problèmes sociaux et à l’économie. Pour ce faire, elle propose de veiller à introduire dans les règles de
l’OMC le respect de normes sociales et environnementales, de réformer le FMI et la Banque Mondiale, de mettre en place une taxe sur les flux financiers, de créer une Organisation mondiale de
l’environnement ainsi qu’une Politique agricole commune mondiale pour organiser les marchés de manière plus juste et donner une vraie chance à l’agriculture des pays en développement.
LA SOURCE
Article paru sur :http://desirsdavenircastelnaumedoc.over-blog.com/
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